le Syndicat Professionnel des guides interprètes et conférenciers répond à Emmanuel Macron

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Mise au point du SPGIC sur les réponses du Ministre de l’Economie aux Députés et Sénateurs lui ayant adressé une question écrite concernant la déréglementation du métier de guide-conférencier

Voici les remarques que nous avons à faire concernant la réponse du Ministre de l’Economie aux questions écrites portant sur les guides-conférenciers.

1/ M le Ministre dit : « 3 500 personnes seulement exercent cette activité en France à titre de profession principale et à temps complet »

SPGIC :  L’activité de guide-conférencier est par nature fluctuante, la demande est irrégulière, et dépend de facteurs saisonniers, économiques (ainsi la chute actuelle des touristes russes due à l’effondrement du rouble) , conjoncturels ( conséquences des guerres, des attentats, des grèves de longue durée, des catastrophes naturelles).

Ainsi si l’on peut dire que « 3 500 personnes seulement exercent cette activité en France à titre de profession principale » on ne peut absolument pas parler de « temps complet ». D’ailleurs il n’existe pratiquement pas de contrat CDI dans notre profession et les contrats sont souvent signés visite par visite en CDD à la vacation.

Pour ces raisons de précarité, beaucoup de jeunes professionnels renoncent à travailler en tant que guide-conférencier car ils aspirent à plus de stabilité professionnelle.

2/ M le Ministre dit : « les formations universitaires de guide-conférencier…… ne forment que 200 à 300 étudiants par an ».

SPGIC  : En Ile-de-France, quatre établissements d’enseignement supérieur proposent des licences professionnelles de guide conférencier, deux établissements proposent le module « master avec option » : environ 150 nouveaux guides conférenciers arrivent chaque année sur le marché, ce qui n’est pas négligeable car l’on peut estimer qu’il y a environ 1200 à 1500 guides conférenciers professionnels en activité à Paris et en Ile-de-France. 
Dans les autres régions, une dizaine d’établissements proposent des licences professionnelles, et forment environ 250 nouveaux guides conférenciers par an.

Soit un total annuel d’environ 400 nouveau guides-conférenciers, dont malheureusement une partie ne restera pas guide du fait de la précarité évoquée précédemment.

3/ M le Ministre dit : « Par ailleurs de nombreuses personnes intéressées par la profession, françaises ou ressortissantes étrangères, souvent munies de diplômes pertinents sur le plan culturel (masters, doctorat, Ecole du Louvre, etc….) ne peuvent…obtenir la carte professionnelle de guide-conférencier ».

SPGIC : La notion de « diplôme pertinent sur le plan culturel » est bien trop vague. De plus, il existe une norme européenne de 2008 définissant les modules nécessaires à la formation minimum pour les guides-conférenciers (guides-touristiques) en Europe (EN15565:2008 Standard Tourism Services), les formations pertinentes sont, par conséquent, celles qui respectent la norme européenne.

L ‘amalgame de ces titres généralistes avec le troisième exemple donné c’est à dire l’Ecole du Louvre n’est pas pertinent. En effet, en deuxième année, l’Ecole du Louvre forme depuis toujours les conférenciers des monuments historiques qui n’ont pas besoin d’obtenir la carte de guide-conférencier pour guider.

4/ le Ministre dit : « L’exigence de détention d’une carte professionnelle ne s’applique pas aux ressortissants communautaires, intervenant en libre prestation de services sur le territoire (majorité des cas) qui ne sont astreints qu’à la seule production d’une déclaration avec des exigences de qualifications professionnelles moindres en application de dispositions européennes ».

SPGIC : Le guidage sur la voie publique est libre depuis 1992. Seul, le guidage dans les monuments historiques et les musées de France est réglementé. Les professionnels étrangers qui accompagnent leur groupe qu’ils soient guides ou non peuvent donc déjà guider librement qu’ils soient entrepreneurs ou salariés pour des visites en autocar ou à pied.

Deuxième remarque : s’agissant des guide-conférenciers ou guides touristiques selon la norme européenne (CEN 13809 : 2003), on constate qu’à l’instar de bien d’autres professions il existe de grandes disparités en Europe. La formation professionnelle est développée dans les grands pays réceptifs auxquels notre pays se rattache et très peu, voire pas du tout, organisée dans les grands pays émetteurs tels l’Allemagne et la Grande Bretagne. Les gros Tours opérateurs de ces pays exercent un lobbying intense afin que leurs accompagnateurs, dont la profession est pourtant distinctement définie par la même norme européenne de 2003 (CEN 13809 : 2003), puissent guider y compris dans les musées à la place des guides-conférenciers.

Plutôt que de déréglementer, la France devrait exiger de ses partenaires européens qu’ils respectent les normes définies en commun, notamment la norme européenne de 2008 définissant les modules nécessaires à la formation minimum pour les guides-conférenciers (guides-touristiques) en Europe (EN15565:2008 Standard Tourism Services

Troisième remarque : concernant la libre intervention en prestation de services sur le territoire

M le Ministre ne précise pas s’il s’agit d’un ressortissant communautaire qui travaille ponctuellement sur le territoire français en accompagnant un groupe ou s’il s’agit d’un ressortissant établi en France.

Si le guide touristique ressortissant de l’UE est établi en France il a droit à obtenir une carte de guide-conférencier par équivalence en produisant en Préfecture le diplôme, certificat, ou autre titre obtenu dans son pays.

Si le guide-touristique ressortissant de l’UE souhaite exécuter en France des actes de sa profession, de manière temporaire et occasionnelle en LPS c’est à dire Libre prestation de services il doit répondre aux conditions suivantes : être établi et exercer légalement la profession concernée dans un État membre de l’UE autre que la France c’est à dire disposer d’un diplôme, certificat, ou autre titre obtenu dans son pays.

4/ M le Ministre dit : « Les professionnels accompagnant leurs groupes de touristes d’Etat tiers sont également largement écartés de ce dispositif.

SPGIC : Par cette phrase sibylline, M le Ministre évoque à mots couverts la libéralisation mondiale des services. Derrière le plombier polonais se profile le plombier chinois ! qui lui aussi aurait droit à la délocalisation de nos emplois ! En effet, les guides-conférenciers travaillent beaucoup dans les langues étrangères et par conséquent travaillent à l’exportation. Les guides-conférenciers ne se sentent aucunement menacés par l’établissement en France de guides-touristiques étrangers mais par la concurrence déloyale de ceux, qui établis dans des pays moins-disant, tirent revenus et couverture sociale toujours plus vers le bas en baissant les tarifs des visites et entretiennent, au détriment du consommateur la confusion entre deux professions distinctes celles de guide-conférencier et d’accompagnateur pourtant clairement définies au niveau européen.

5/ M le Ministre dit : « Il en résulte des discriminations à rebours inacceptables pour les professionnels qualifiés nationaux ».

SPGIC : En effet, la discrimination existe déjà mais pas à rebours ! elle s’exerce directement au mépris de la protection et de l’information du consommateur, au détriment de la protection du patrimoine et de la sécurité des œuvres, par le démantèlement progressif de toute réglementation sonnant le glas de l’exception culturelle.

On voit apparaître :Discover walks - copie

· des visites gratuites rémunérées au pourboire. suivre le lien 

· des visites proposées sur des sites internet étrangers avec virement sur des comptes étrangers et 
réalisées par des personnes non qualifiées, le plus souvent des étudiants étrangers qui résident à Paris . exemple 

· des visites proposées sur des sites rédigés dans une langue étrangère, sans mentions légales, réalisées 
par des personnes sans statut professionnel,

· du dumping social dans les régions transfrontalières.  ex à Strasbourg

6/ M le Ministre dit : L’inscription sur ce registre pouvant comprendre les masters 2, mais aussi des licences ou diplômes spécialisés.

SPGIC : Conformément à la norme européenne . EN15565:2008 Standard Tourism Services, il est nécessaire que le guide-conférencier ait suivi une formation spécifique et une connaissance du patrimoine français. Les connaissances de la langue française, de l’histoire, de la culture de France soient vérifiés lors de l’examen.

7/ Enfin M le Ministre ne parle pas de la carte professionnelle dans sa réponse aux questions des Parlementaires. 

C’est pourtant ce qu’il avait prévu : Dans le pré-projet de la loi Macron , chapitre III, article 16 on lit : « Suppression des exigences de carte professionnelle pour l’activité de guide conférencier II- Description des objectifs poursuivis Il est proposé la suppression du dispositif de carte professionnelle au profit d’un simple régime déclaratif. »

SPGIC : Si les formations de guide-conférencier ne donnent accès qu’au seul diplôme sans carte professionnelle, il est certain que le nombre d’étudiants suivant les formations mises en place par les universités (point 2) diminuera nettement.

Car dans le contexte de concurrence développé plus haut, les guides-conférenciers n’ont que leur carte qui attestent leur compétence et qui est exigée à l’entrée des musées pour se protéger et marquer leurs compétences. Nous réclamons de plus le rétablissement de la délivrance du badge, injustement supprimé de la dernière réglementation nous concernant .

Si le gouvernement veut réellement donner des armes à ses guides-conférenciers nationaux afin qu’ils résistent à une concurrence que le ministre juge déloyale dans la réponse qu’il vous a faite : Qu’il nous délivre une carte et un badge.

Loin d’une situation de monopole, l’environnement professionnel et commercial des guides conférenciers nationaux est donc déjà très concurrentiel et répond actuellement favorablement à la problématique de la libre prestation de service qui préoccupe la Commission Européenne. La règlementation actuelle ne constitue pas non plus un frein à l’emploi, le frein à l’emploi reste de loin la précarité des guides-conférenciers.

Ce métier est un métier de passionnés, ce qui permet d’accepter les contraintes d’exercice notamment le travail du dimanche et des jours fériés, le travail en soirée, l’absence de jour de repos en période chargée, l’absence de CDI, l’incertitude du lendemain, les revenus qui varient d’un mois sur l’autre, et enfin la très mauvaise année qui survient sans prévenir et pour laquelle les guides-conférenciers n’ont pas de parachute.

Questions écrites au gouvernement